Illustration - Ravi Batra/Eyepix Group/Shutters/SIPA
En Inde, les jeunes filles sont offertes par leurs parents à la déesse hindoue de la fertilité (Yellamma) dès leur plus tendre enfance. Cette pratique s’est transformée en exploitation sexuelle. Les autorités l’ont interdit il y a 35 ans, mais le fléau perdure.
La défloration avant la puberté est une coutume particulière à l’Inde. L’histoire de Huvakka Bhimappa en témoigne. Ses parents l’avaient soumise la déesse hindoue de la fertilité Yellamma alors qu’elle n’avait même pas encore 10 ans. Elle a été déflorée par un homme plus âgé suivant la culture (dans le sud du pays), devenant ainsi une "devadasi". "Dans mon cas, ce fut le frère de ma mère", en échange d’un sari et de quelques bijoux, relate-t-elle, rapporte TV5 Monde.
Après avoir fait sacrifice de sa virginité à son oncle, Huvakka Bhimappa, qui est aujourd’hui proche de la cinquantaine, fut soumise à d’autres hommes qui payaient ses faveurs sexuelles. Cette pratique se faisait sous prétexte de dévotion à la déesse Yellamma. Les familles les plus pauvres s’assurent en effet une source de revenus et s’épargnent le coût d’une dot et d’un mariage en faisant de leurs filles des devadasis.
Autrefois, les devadasis sont spécialisées dans l’exécution des rituels en offrant des danses et des chants aux temples. Elles occupaient alors une place respectable dans la société. Mais plus tard, elles furent considérées comme des prostituées. Le pacte divin entre la devadasi et la déesse Yellamma s’est transformé en exploitation sexuelle durant l’administration coloniale britannique.
L’historienne Gayathri Iyer a souligné que "cette notion d’esclavage sexuel plus ou moins autorisée par la religion ne faisait pas partie du système originel". L’Inde l’a interdit au niveau national en 1988. Mais d’après la commission indienne des droits de l’homme, il y a encore plus de 70 000 devadasis au Karnataka. En 2022, la commission a ordonné de rendre compte des mesures prises pour empêcher cette pratique.